Trois études prospectives sur le futur énergétique de la France

Publié le 7 décembre 2021
Source : NégaWatt, ADEME, 20 minutes, octobre-novembre 2021


Des scénarios pour atteindre la neutralité carbone et accélérer la transition énergétique

Atteindre la neutralité carbone en 2050, accélérer la transition énergétique dans le cadre d’un projet de société socialement juste et apaisée, ces derniers mois trois études prospectives ont été présentées qui abordent le futur énergétique de la France de manière différente.

Ainsi, le 25 octobre, le Réseau de transport d’électricité (RTE) a publié une grande étude de 650 pages sur les « futurs énergétiques 2050 », aboutissement de deux ans et demi de travail au cours desquels RTE a étudié les évolutions possibles de notre système de production électrique pour les trente années à venir. A quelle consommation d’électricité faut-il s’attendre en 2050 ? Peut-on se reposer uniquement sur les énergies renouvelables pour y répondre ? Quelles places possibles encore pour le nucléaire ? Voilà les questions au cœur de « Futurs énergétiques 2050 ».

Six scénarios sont proposés qui ont tous pour point commun de se fixer le but d’atteindre la neutralité carbone en 2050 et donc que la production d’électricité en France ne soit plus source d’émissions de gaz à effet de serre à cette date. Trois scénarios font le pari d’atteindre ce cap avec un mix de production tendant vers le 100 % renouvelables quand les trois autres misent sur un investissement dans de nouvelles installations nucléaires.

Les associations œuvrant sur la transition énergétique considèrent que l’enjeu de maîtrise de la demande d’électricité est tout autant capitale et trop peu pris en compte dans cette étude, la sobriété et l’efficacité énergétique passant au second plan. (Lire l’article de 20 minutes)

Second scénario présenté le 26 octobre, celui de l’association NégaWatt qui tous les cinq ans renouvelle cet exercice prospectif, y ajoutant désormais à la question de l’énergie et du climat, celle de l’accès aux matières et l’objectif d’un redéploiement industriel.

Grâce à l’expertise et aux retours d’expérience des praticiens de terrain qui contribuent à son élaboration, le scénario négaWatt traduit les objectifs incontournables en mesures concrètes :

  • Améliorer la qualité des logements pour réduire les factures de chauffage et gagner en confort et en santé, l’isolation des logements et locaux tertiaires est une priorité. Un grand programme de rénovation performante, au niveau BBC, est à lancer urgemment, en renforçant la formation des professionnels du bâtiment ;
  • Rendre la mobilité plus accessible et moins polluante : développer les modes alternatifs de déplacement et leurs infrastructures, baisse du trafic routier combiné avec de nouvelles motorisations ;
  • Développer de nouvelles stratégies industrielles inscrites dans la transition énergétique
  • Moins et mieux consommer des produits à faible impact environnemental
  • Conjuguer agroécologie et alimentation saine
  • Engager le mix énergétique français vers le 100 % renouvelable
  • Acter une nouvelle étape de la décentralisation : en relocalisant Les gisements de sobriété, d’efficacité et d’énergies renouvelables et en donnant plus de moyens réglementaires, humains et financiers aux collectivités locales.

La démarche négaWatt repose sur l’application des trois principes de sobriété, d’efficacité et de sources renouvelables à tous les secteurs consommant/produisant de l’énergie et des matériaux. Ce choix conduit à la division par deux de la consommation d’énergie finale en 2050 par rapport à aujourd’hui. En termes d’impacts, la démarche permet la division par neuf des émissions territoriales de gaz à effet de serre entre 2019 et 2050, au moins cinq cent mille emplois sont à créer d’ici une dizaine d’années dans les métiers de la transition énergétique, la santé de la population française s’améliore, l’empreinte matière de la France passe de 850 à 600 millions de tonnes de matériaux bruts, réduisant d’autant la pression exercée sur les ressources naturelles.

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La transition énergétique au coeur d’une transition sociétale

Synthèse du scénario négaWatt 2022, octobre 2021

Enfin, l’ADEME s’est elle aussi lancée dans un exercice de prospective en proposant elle quatre scénarios visant à aboutir à la neutralité carbone du pays. Les scénarios publiés le 30 novembre reposent sur deux ans de travaux d’élaboration, la mobilisation d’une centaine de collaborateurs de l’ADEME et des échanges réguliers avec un comité scientifique et des partenaires et prestataires extérieurs, spécialistes des différents domaines.

Quatre chemins « types » ont été imaginés reposant sur les mêmes données macroéconomiques, démographiques et d’évolution climatique (+2,1 °C en 2100), ils sont accompagnés de 9 messages clés pour leur mise en œuvre. Les secteurs suivants y sont détaillés : ceux qui relèvent de la consommation (l’aménagement du territoire, le bâtiment, la mobilité et l’alimentation) ; ceux qui constituent le système productif (l’agriculture, l’exploitation des forêts et l’industrie), ceux qui forment l’offre d’énergie (le gaz, le froid et la chaleur, la biomasse, les carburants liquides et l’hydrogène) ; ceux qui constituent des ressources (la biomasse et les déchets) et les puits de carbone. Ces secteurs sont également analysés au regard de leurs impacts, lorsque cela a été possible, sur l’eau, les sols, les matériaux et la qualité de l’air.

Les 4 scénarios intitulés « génération frugale », « coopération territoriale », « technologies vertes » et « pari réparateur » s’appuient notamment sur une baisse de la demande d’énergie, plus de 70% d’énergies renouvelables, une part croissante de l’électricité, la quasi disparition des énergies fossiles et un vecteur gaz qui conserve un talon de consommation.

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Transition 2050, choisir maintenant, agir sur le climat

Résumé exécutif, ADEME, novembre 2021